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Logique et ensemblesNotion · Glossaire

obstacle épistémologique

Un élève sait comparer des entiers positifs : 314 est supérieur à 38. Devant 3,14 et 3,8, il peut alors comparer 14 et 8 et conclure, à tort, que 3,14 est le plus grand. Une règle auparavant utile résiste ici à une nouvelle manière de penser les nombres. Cette résistance d’une connaissance antérieure à l’acquisition d’un nouveau savoir constitue le cœur d’un obstacle épistémologique, concept introduit par Gaston Bachelard : « on connaît contre une connaissance antérieure ». Ces obstacles font partie intégrante de la genèse historique des concepts mathématiques et scientifiques. En didactique, ils ne peuvent être éliminés, car ils constituent le moteur des ruptures cognitives qui dynamisent le progrès de la connaissance.
Mécanisme d’un obstacle épistémologique Un savoir antérieur rencontre une résistance, conduit à une rupture cognitive, puis à un savoir réorganisé. Savoirantérieur Résistance Rupturecognitive Savoirréorganisé
Le savoir antérieur n’est pas effacé : sa résistance provoque une rupture qui permet de le réorganiser.
Sommaire

Ce que vous allez apprendre

  • Définir l’obstacle épistémologique comme la résistance d’un savoir antérieur.
  • Suivre pas à pas un exemple de comparaison erronée de nombres décimaux.
  • Distinguer obstacle, ignorance, erreur ponctuelle et rupture cognitive.
  • Reconnaître les limites d’un diagnostic fondé sur une seule erreur individuelle.

En clair

Un élève sait comparer des entiers positifs : 314 est supérieur à 38. Devant 3,14 et 3,8, il peut alors comparer 14 et 8 et conclure, à tort, que 3,14 est le plus grand. Une règle auparavant utile résiste ici à une nouvelle manière de penser les nombres.
Cette résistance d’un savoir antérieur constitue le cœur d’un obstacle épistémologique. Il ne suffit pas d’ajouter une information : la contradiction doit conduire à réorganiser ce que l’on croyait déjà savoir.

Définition

Introduit par Gaston Bachelard, l’obstacle épistémologique est une connaissance antérieure qui fait résistance à l’acquisition d’un nouveau savoir. Ce n’est donc ni un simple manque d’information ni nécessairement une distraction. Le sujet dispose déjà d’une manière cohérente de raisonner, efficace dans certaines situations, mais il l’étend à un domaine où elle devient inadéquate.
La notion s’applique à la formation des concepts mathématiques et scientifiques. Elle concerne leur genèse historique, mais aussi leur apprentissage en didactique. La formule « on connaît contre une connaissance antérieure » souligne que le nouveau savoir se construit par confrontation avec l’ancien. La rupture cognitive ne consiste pas à tout oublier : elle réorganise le domaine de validité de la connaissance précédente.
Le mécanisme comporte ainsi quatre moments liés : un savoir antérieur est mobilisé, sa résistance apparaît dans une situation nouvelle, une rupture cognitive devient nécessaire, puis un savoir réorganisé peut se former. L’obstacle ne peut pas être simplement supprimé en didactique, car le travail de cette résistance participe au progrès de la connaissance.

Un exemple, pas à pas

Considérons un élève qui doit comparer 3,14 et 3,8. Les données sont les entiers 314 et 38, les deux écritures décimales 3,14 et 3,8, ainsi que 3,50 comme valeur de contrôle.
1. Mobiliser le savoir antérieur. Pour des entiers positifs écrits sans zéro initial, 314 est supérieur à 38. La comparaison maîtrisée est correcte dans ce domaine.
2. Faire apparaître la résistance. L’élève traite les chiffres après la virgule comme les entiers 14 et 8. Il obtient alors la conclusion erronée 3,14 > 3,8.
3. Construire la contradiction. On écrit 3,8 sous la forme équivalente 3,80. Les deux nombres représentent alors 314 centièmes et 380 centièmes, donc 3,14 < 3,8.
4. Réorganiser la règle. La longueur de l’écriture ne décide pas de l’ordre des décimaux. Il faut comparer les chiffres de même rang, en complétant au besoin par des zéros à droite.
Le contrôle est refaisable avec 3,50 : en centièmes, 314 < 350 < 380, donc 3,14 < 3,50 < 3,80. L’ancien savoir n’est pas effacé ; son domaine est désormais limité aux entiers concernés.

En pratique

En classe, une réponse fausse peut être suivie de la question : « Quelle règle as-tu utilisée ? » Si la même règle produit plusieurs erreurs cohérentes, un contre-exemple commenté est préférable à la seule correction du résultat.
Dans l’étude d’un concept, on cherche quelle connaissance antérieure rendait certaines réponses raisonnables, puis quelle situation nouvelle la met en défaut. Cette démarche est plus informative qu’une chronologie qui énumère seulement des découvertes.
Pour apprendre, reformuler l’hypothèse qui conduit à l’impasse permet de choisir le bon geste. Une information manquante appelle une explication ; une règle antérieure persistante appelle aussi une confrontation et une réorganisation.

À ne pas confondre

Ignorance. Une personne qui ne dispose d’aucune règle pour répondre manque de connaissance. Un obstacle apparaît au contraire lorsqu’une connaissance déjà disponible produit et maintient une réponse inadéquate.
Erreur ponctuelle. Une faute de copie disparaît dès qu’elle est signalée. Une résistance conceptuelle se reconnaît à un raisonnement cohérent qui reproduit l’erreur dans plusieurs situations du même type.
Rupture cognitive. L’obstacle est la connaissance qui résiste ; la rupture est la transformation rendue nécessaire par cette résistance. Dans l’exemple, la comparaison des entiers est l’appui résistant, tandis que le raisonnement par rangs marque la réorganisation.

Limites et pièges

Toute connaissance antérieure n’est pas un obstacle. Le signe décisif est sa résistance dans le nouveau problème. Si elle s’applique correctement ou s’ajuste aussitôt, il n’y a pas lieu de la qualifier ainsi.
Une erreur isolée ne suffit pas. Le symptôme pertinent est une justification stable, pas le seul résultat faux. Il faut faire expliciter le raisonnement et vérifier s’il se répète avant de diagnostiquer un obstacle.
Un scénario individuel ne prouve pas à lui seul une genèse historique. L’exemple des décimaux montre le mécanisme didactique. Pour parler de l’histoire d’un concept, il faut aussi établir la résistance dans cette histoire.
« Ne peut être éliminé » ne signifie pas « ne peut être dépassé ». Traiter l’obstacle comme un défaut immuable contredirait son rôle. Le travail didactique vise la rupture cognitive qui rend possible un savoir nouveau.

Pour aller plus loin

L’article épistémologie replace la notion dans l’étude de la formation et de la validité des connaissances scientifiques.
L’article didactique des mathématiques précise le cadre qui étudie les conditions d’enseignement et d’apprentissage des savoirs mathématiques.
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