Logique et ensemblesNotion · Glossaire
Bachelard Gaston
Gaston Bachelard est un philosophe et épistémologue français, c'est-à-dire un penseur de la connaissance scientifique. Pour lui, celle-ci progresse par approximations successives, en surmontant des obstacles propres à la pensée et au prix de ruptures avec les cadres antérieurs, sans jamais devenir exacte et définitive.
Sommaire
Ce que vous allez apprendre
- Situer le parcours de Gaston Bachelard entre sciences et philosophie.
- Relier rupture épistémologique, connaissance approchée et obstacles épistémologiques.
- Distinguer une transformation de la pensée scientifique d'un événement biographique ou d'un obstacle matériel.
En clair
En 1914, la guerre interrompt les études d'ingénieur de Gaston Bachelard. Il enseigne ensuite la physique et la chimie, puis la philosophie à Dijon et à la Sorbonne. Ce parcours le place entre la pratique des sciences et la réflexion sur leur manière d'avancer.
Son idée centrale est qu'un savoir scientifique n'est pas une vérité achevée que l'on conserverait intacte. Il progresse par approximations et connaît aussi des ruptures. Pour avancer, l'esprit scientifique doit reconnaître les obstacles présents dans sa propre façon de penser.
Définition
Gaston Bachelard (1884-1962) est un philosophe et épistémologue français, c'est-à-dire un penseur de la connaissance scientifique. D'abord enseignant de physique et de chimie, puis professeur de philosophie à l'université de Dijon et à la Sorbonne, il réfléchit aux transformations de la science plutôt qu'à un résultat scientifique particulier.
La chronologie donnée par la source met en regard les révolutions scientifiques de 1905 à 1924 et deux publications de Bachelard, en 1927 et 1938. Témoin de ces changements, il fonde sa philosophie des sciences sur la rupture épistémologique : la connaissance ne se développe pas seulement comme une accumulation continue.
Dans Essais sur la connaissance approchée (1927), il affirme que les connaissances ne sont ni exactes ni définitives : elles forment une suite d'approximations successives. Dans La formation de l'esprit scientifique (1938), il étudie les obstacles épistémologiques, c'est-à-dire les obstacles qui se trouvent dans la pensée scientifique elle-même. Rupture, approximation et examen des obstacles composent ainsi trois aspects liés de sa réflexion.
Un exemple, pas à pas
Prenons un cas scientifique nommé par la source : la relativité restreinte d'Einstein en 1905. Elle est rangée parmi les grandes révolutions scientifiques dont Bachelard fut témoin ; on peut donc s'en servir pour éprouver les distinctions entre résultat nouveau, correction locale et changement de cadre.
1. On relève d'abord les faits fournis : un résultat scientifique précis, attribué à Einstein, daté de 1905 et qualifié de révolution. Ce relevé évite de transformer un nom célèbre en explication que la source ne donne pas.
2. On pose alors la question de la rupture : cet épisode est-il un résultat ajouté au cadre existant, ou oblige-t-il à changer de cadre ? Le mot « révolution » autorise ici la seconde piste, mais la source ne décrit pas le contenu du cadre antérieur ; elle fournit un cas à analyser, non une démonstration historique détaillée.
3. On confronte enfin ce cas à la connaissance approchée : si un cadre scientifique peut être repris au cours d'une révolution, il ne faut pas le traiter comme un savoir exact et définitif. L'habitude de tenir un cadre pour achevé devient alors la manière de penser à interroger, sans prétendre identifier ici un obstacle historique précis décrit par Bachelard.
Le contrôle consiste à conserver les limites du cas : la relativité restreinte de 1905 est bien citée comme une révolution, mais toute correction scientifique n'est pas pour autant une rupture. Une correction locale ajuste un résultat dans un cadre ; une rupture change le cadre ; la connaissance approchée rappelle, dans les deux cas, qu'aucun savoir n'est posé comme exact et définitif.
En pratique
Pour lire un épisode d'histoire des sciences, on peut chercher si un résultat complète un cadre existant ou si le cadre de pensée lui-même change. Le second cas invite à examiner l'idée de rupture épistémologique plutôt qu'un simple progrès cumulatif.
Face à une affirmation présentée comme exacte et définitive, on peut demander quelles approximations l'ont précédée et si elle reste susceptible d'être reprise. Ce geste rend opératoire la notion de connaissance approchée sans conclure que tous les savoirs se valent.
Pour étudier un raisonnement scientifique qui bloque, on examine aussi les habitudes de pensée mobilisées. Si la difficulté appartient à la pensée scientifique elle-même, l'analyse des obstacles épistémologiques est plus pertinente qu'une explication par un obstacle matériel extérieur.
À ne pas confondre
Philosophie des sciences et découverte scientifique. Bachelard élabore une réflexion sur la connaissance scientifique. Einstein, Rutherford, de Broglie et Heisenberg sont cités pour des transformations scientifiques précises. Le critère est l'objet du travail : analyser comment la science connaît n'est pas produire la découverte analysée.
Obstacle épistémologique et obstacle matériel. Les obstacles étudiés en 1938 appartiennent à la pensée scientifique. L'interruption d'études causée par la guerre de 1914 est, elle, un événement biographique extérieur. Dans le premier cas, il faut examiner une manière de penser ; dans le second, une circonstance historique.
Limites et pièges
Ne pas confondre une rupture biographique avec une rupture épistémologique. La guerre interrompt les études de Bachelard en 1914, mais la source réserve la seconde expression à sa philosophie des sciences. Le mot « rupture » ne suffit donc pas : il faut vérifier ce qui change.
Ne pas rendre la frise plus précise que la source. Les années 1905, 1918, 1923 et 1924 sont associées à des résultats scientifiques nommés ; 1927 et 1938 à deux publications. Aucune date d'enseignement à Dijon ou à la Sorbonne n'est fournie, donc la chronologie ne doit pas en déduire.
Connaissance approchée ne signifie pas connaissance arbitraire. La source décrit une suite d'approximations successives, non une collection d'opinions interchangeables. Le bon réflexe consiste à suivre leur succession au lieu d'effacer toute continuité entre elles.
Toute modification n'est pas automatiquement une rupture. La source associe cette notion aux grandes transformations scientifiques dont Bachelard fut témoin. Avant d'employer le terme, il faut donc distinguer un changement de cadre d'une simple correction locale.
Pour aller plus loin
La pensée de Bachelard ouvre une question plus large : comment une science transforme-t-elle ses critères de connaissance lorsqu'un cadre ancien ne suffit plus ? Cette interrogation relie l'histoire des résultats à l'étude critique des manières de raisonner.
L'article Poincaré et la science prolonge cette réflexion par un autre regard sur la science et son élaboration.
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