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Logique et ensemblesNotion · Glossaire

réalisme - philosophie -

Le réalisme est la position philosophique selon laquelle une réalité existe indépendamment de l'esprit qui la perçoit ou la conçoit. Selon le domaine, cette indépendance peut concerner le monde extérieur, les universaux ou les objets mathématiques.
Trois positions sur les universaux Comparaison du réalisme, du conceptualisme et du nominalisme à partir d'objets particuliers ronds. Objets particuliers Réalisme Conceptualisme Nominalisme rondeur : existence propre particuliers : instanciations voie distincte entre les deux positions universel : pas d’existence indépendante Repères introductifs : variantes non exhaustives
Face aux mêmes objets ronds, les trois positions n'accordent pas le même statut au concept général de rondeur.
Sommaire

Ce que vous allez apprendre

  • Identifier le principe d'indépendance qui caractérise le réalisme.
  • Relier le réalisme médiéval à la querelle des universaux.
  • Distinguer réalisme, nominalisme et conceptualisme sur un même cas.
  • Reconnaître le platonisme mathématique comme une version forte du réalisme mathématique.

En clair

Regardez plusieurs objets ronds. Les objets sont particuliers, mais nous leur appliquons tous l'idée générale de rondeur. La question réaliste est la suivante : cette rondeur dépend-elle seulement de notre manière de penser, ou possède-t-elle une réalité propre ?
Le réalisme choisit l'indépendance : la réalité considérée ne naît pas du regard ou de la conception que nous en avons. Le sens précis varie toutefois avec le domaine philosophique étudié.

Définition

Dans son acception générale, le réalisme affirme l'existence d'une réalité extérieure indépendante de l'esprit qui la perçoit ou la conçoit. Le mot ne nomme pourtant pas une doctrine unique : sa portée change selon l'époque et le domaine.
Dans la philosophie médiévale, le réalisme intervient dans la querelle des universaux. Les universaux sont des concepts généraux, tels que l'humanité ou la rondeur. Les positions réalistes leur accordent un statut réel, mais divergent sur leur mode d'existence et leur rapport aux objets particuliers. Une version forte, associée notamment à Guillaume de Champeaux (1070–1121), reconnaît à l'universel une réalité commune dont les individus sont des instanciations. Les liens entre ces théories des universaux et les doctrines théologiques varient selon les auteurs et les contextes : ils ne constituent pas une conséquence générale du réalisme.
Dans le domaine des mathématiques, le réalisme mathématique soutient que les vérités ou les entités mathématiques ne se réduisent pas à des constructions humaines. Le platonisme mathématique en est une version particulièrement forte : les nombres, les structures et les ensembles y ont une existence objective et indépendante.

Un exemple, pas à pas

Prenons le cas source de la rondeur. L'objectif n'est pas de mesurer une forme, mais de repérer ce que chaque doctrine fait exister lorsque plusieurs objets particuliers sont dits ronds.
Données :
plusieurs objets particuliers ;
un caractère commun nommé « rondeur » ;
trois positions à distinguer : réalisme, nominalisme et conceptualisme.
1. Partir des objets particuliers auxquels le même concept général est appliqué.
2. Dans une version forte du réalisme médiéval, considérer la rondeur comme un universel possédant une réalité propre, dont les objets sont des instanciations ; d'autres versions réalistes en précisent différemment le statut.
3. Avec le nominalisme, refuser à la rondeur le statut d'un universel existant indépendamment, sans en déduire une théorie unique des concepts ou des termes généraux.
4. Dans une lecture introductive, situer le conceptualisme de Pierre Abélard comme une voie distincte entre ces positions, plutôt que comme leur réconciliation exhaustive.
Le contrôle consiste à poser, pour chaque position, la même question : qu'est-ce qui existe indépendamment de l'esprit ? La version forte du réalisme retenue ici répond par l'universel et ses instanciations ; le nominalisme refuse à l'universel cette existence indépendante, sans imposer une théorie unique des concepts.

En pratique

Dans un texte philosophique, commencez par identifier ce que l'auteur dit indépendant de l'esprit. S'il s'agit du monde extérieur, le terme « réalisme » conserve son sens général ; s'il s'agit de concepts généraux, la discussion porte sur les universaux.
Devant une discussion médiévale sur l'humanité ou la rondeur, demandez d'abord quel statut est accordé à l'universel. Ce premier indice doit être complété par l'analyse du statut des concepts, des termes généraux et des individus afin de distinguer les variantes réalistes, nominalistes et intermédiaires.
Dans un texte sur les mathématiques, repérez le statut accordé aux nombres, structures et ensembles. Leur existence objective, indépendante de l'activité humaine, caractérise notamment la version platoniste du réalisme mathématique.

À ne pas confondre

Dans un schéma introductif, le nominalisme refuse aux universaux une existence indépendante. Ses différentes versions ne donnent toutefois pas toutes le même statut aux concepts et aux termes généraux. Attribuer à la rondeur une réalité indépendante oriente vers une lecture réaliste ; la lui refuser oriente vers une lecture nominaliste.
Le conceptualisme de Pierre Abélard n'est pas présenté comme un autre nom du réalisme. Dans une présentation introductive et schématique, il peut être décrit comme une troisième voie qui tente de réconcilier réalisme et nominalisme dans la querelle des universaux, sans que cette formule en constitue une définition exhaustive.

Limites et pièges

Le complément du mot compte. « Réalisme » seul peut viser l'indépendance du monde extérieur, des universaux ou des entités mathématiques. Le symptôme du piège est une conclusion transférée d'un domaine à l'autre ; il faut d'abord identifier la réalité dont l'indépendance est affirmée.
Un exemple particulier ne définit pas à lui seul un universel. Montrer plusieurs objets ronds rend la question visible, mais ne tranche pas leur statut philosophique. Il faut examiner si le texte attribue à la rondeur une existence propre ou la traite comme une construction mentale.
Objectivité mathématique et existence du monde extérieur ne sont pas deux formulations interchangeables. Le réalisme mathématique porte précisément sur les nombres, les structures et les ensembles. Une affirmation concernant ces entités ne suffit donc pas à établir toute autre forme de réalisme.

Pour aller plus loin

La fiche querelle des universaux replace l'opposition entre réalistes, nominalistes et conceptualistes dans son problème philosophique central.
Le glossaire nominalisme - philosophie - approfondit la position qui réserve l'existence réelle aux individus particuliers.
L'article La philosophie des mathématiques iconoclaste de Wittgenstein ouvre une autre réflexion sur le statut des mathématiques.
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