Logique et ensemblesNotion · Glossaire
querelle des universaux
La querelle des universaux est le débat philosophique sur le statut de ce qui est commun à plusieurs êtres singuliers : les universaux, tel le concept d'« arbre », par opposition aux particuliers que sont les arbres eux-mêmes. Elle demande si l'universel possède une réalité propre (réalisme), si seuls existent les individus auxquels s'appliquent des noms généraux (nominalisme), ou si l'universalité appartient aux concepts par lesquels l'esprit pense ces individus (conceptualisme).
Sommaire
Ce que vous allez apprendre
- Distinguer universel et particulier à partir de trois arbres singuliers.
- Relier réalisme, nominalisme et conceptualisme à leurs réponses respectives.
- Situer Platon, Aristote, Guillaume de Champeaux, Roscelin, Abélard et Ockham dans le débat.
- Éviter de confondre une chose, sa représentation et son nom.
En clair
Regardez plusieurs arbres : aucun n'a exactement la même taille, les mêmes branches ni les mêmes feuilles. Pourtant, le mot « arbre » permet de les reconnaître comme des exemplaires d'un même genre. Le schéma rend visible ce passage de plusieurs êtres singuliers à un concept commun.
La querelle commence lorsqu'on demande ce qu'est cet « arbre » commun. Existe-t-il indépendamment de chaque arbre, est-il présent dans les arbres, ou est-il seulement une construction de l'esprit exprimée par un nom ?
Définition
La querelle des universaux porte sur le statut des concepts généraux, appelés universaux, par rapport aux êtres ou objets singuliers, appelés particuliers. « Arbre » est un universel ; chacun des arbres observés est un particulier. Le désaccord ne porte donc pas sur l'emploi du mot, mais sur ce qui rend possible cette généralité.
Le réalisme accorde aux universaux une existence propre. Dans la perspective platonicienne, les Idées universelles possèdent une réalité supérieure ; au Moyen Âge, Guillaume de Champeaux défend un réalisme qualifié d'ante rem, « avant la chose ». Le nominalisme refuse aux universaux une existence indépendante des êtres singuliers : les termes généraux sont des noms applicables à plusieurs individus. Jean Roscelin représente cette orientation dite post rem, « après la chose ».
Le conceptualisme situe l'universalité dans les concepts par lesquels l'esprit pense plusieurs individus, sans poser pour autant un universel comme chose indépendante. Pour Pierre Abélard, l'universel n'est pas une chose commune présente dans chaque individu : c'est un terme prédicable de plusieurs, auquel correspond une conception de l'esprit fondée sur leur statut commun. Aristote refuse de penser l'universel indépendamment du sensible. Guillaume d'Ockham se rapproche, quant à lui, d'un nominalisme conceptualiste.
Un exemple, pas à pas
Prenons trois arbres singuliers : un arbre petit et arrondi, un arbre haut et étroit, puis un arbre aux branches dissymétriques. Une seule donnée leur est commune dans l'exemple : nous les appelons tous « arbre ».
1. On distingue d'abord les trois particuliers : chacun existe avec sa forme propre.
2. On forme ensuite le concept général « arbre », applicable aux trois sans se réduire à l'un d'eux.
3. Le réaliste demande si un universel possède une réalité propre, séparée ou présente dans les individus.
4. Le nominaliste refuse une telle réalité universelle et s'en tient aux individus auxquels le nom général s'applique.
5. Le conceptualiste situe l'universalité dans le concept par lequel l'esprit pense ces individus. Ces repères distinguent nom, concept mental et réalité commune, sans constituer une partition valable pour tous les auteurs.
2. On forme ensuite le concept général « arbre », applicable aux trois sans se réduire à l'un d'eux.
3. Le réaliste demande si un universel possède une réalité propre, séparée ou présente dans les individus.
4. Le nominaliste refuse une telle réalité universelle et s'en tient aux individus auxquels le nom général s'applique.
5. Le conceptualiste situe l'universalité dans le concept par lequel l'esprit pense ces individus. Ces repères distinguent nom, concept mental et réalité commune, sans constituer une partition valable pour tous les auteurs.
Le contrôle consiste à changer la forme d'un arbre : le particulier change, mais le même terme général peut encore s'appliquer. L'exemple ne décide pas quelle position est vraie ; il isole exactement la question qui les oppose.
En pratique
Devant plusieurs objets différents portant le même nom, posez deux questions : qu'est-ce qui appartient à chaque individu, et qu'est-ce qui est commun à tous ? Cette séparation fait apparaître le problème des universaux.
Pour lire un texte philosophique, repérez ensuite quel statut l'auteur accorde au commun. Une réalité indépendante oriente vers un réalisme séparé ; un universel réellement présent dans les individus, vers un réalisme immanent ; le refus de toute réalité universelle distincte des individus, vers le nominalisme ; l'universalité située dans les concepts de l'esprit, vers le conceptualisme.
Face à une représentation, comme la pipe peinte par Magritte, distinguez enfin la chose, son image et le nom employé. Ce geste ne résout pas la querelle, mais il évite de traiter ces trois plans comme s'ils étaient identiques.
À ne pas confondre
Universel et particulier. « Arbre » peut s'appliquer à plusieurs individus : c'est l'universel. Cet arbre-ci, singulier et distinct des autres, est un particulier. Le test consiste à demander si le terme vise une classe commune ou un individu déterminé.
Chose, représentation et nom. Une pipe, une peinture de pipe et le mot « pipe » ne sont pas le même objet. L'exemple de Magritte rappelle cette différence de plans ; la querelle demande, plus précisément, quel statut donner au général exprimé par le nom.
Nominalisme et conceptualisme. Le nominalisme refuse que les universaux existent indépendamment des individus et traite les termes généraux comme des noms applicables à plusieurs d'entre eux. Le conceptualisme précise que l'universalité appartient aux concepts formés par l'esprit. Ces thèses peuvent se recouper selon les auteurs : il faut donc distinguer le statut des choses, celui des concepts et celui des noms.
Limites et pièges
Un exemple ne tranche pas le débat. Le fait que trois arbres reçoivent le même nom montre l'usage d'un concept général, non son mode d'existence. Il faut encore examiner l'interprétation réaliste, nominaliste ou conceptualiste.
Les trois expressions latines ne sont pas de simples repères chronologiques. Ante rem, in re et post rem situent l'universel par rapport aux choses. Les lire comme « ancien », « présent » et « récent » ferait perdre leur fonction philosophique.
Le débat ne se réduit pas à une question de vocabulaire. Deux auteurs peuvent employer le même nom général tout en lui donnant des statuts différents. Pour les distinguer, il faut demander ce qui existe selon chacun, et non seulement relever les mots communs.
L'illustration de Magritte reste une analogie. Elle aide à séparer objet, représentation et mot, mais elle ne fournit pas à elle seule une théorie des universaux. Il faut revenir aux positions philosophiques explicites.
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