Histoire et cultureNotion · Glossaire
conceptualisme - philosophie -
Le conceptualisme est une position philosophique sur le statut des universaux, c'est-à-dire des termes généraux applicables à plusieurs individus. Seules les choses singulières existent comme choses, mais l'esprit forme à partir de leurs ressemblances des concepts dotés d'une réalité mentale, qui ne sont donc ni des réalités indépendantes ni de simples mots.
Sommaire
Ce que vous allez apprendre
- Définir le statut mental et cognitif des universaux selon le conceptualisme.
- Distinguer conceptualisme, réalisme des universaux et nominalisme.
- Suivre avec l'exemple des roses le passage des individus singuliers au concept général.
- Interpréter correctement la persistance de la signification en l'absence des objets.
En clair
Regardez plusieurs roses : chacune est un objet singulier, mais vous les reconnaissez toutes comme des roses. Pour le conceptualisme, l'esprit repère leurs ressemblances et forme le concept « rose ». Ce concept n'est ni une rose supplémentaire qui existerait séparément, ni un mot vide. Il possède une réalité mentale, appuyée sur ce que les roses réelles ont de ressemblant.
Cette position donne ainsi un statut aux idées générales sans leur attribuer une existence indépendante des individus.
Définition
Le conceptualisme est une position de la philosophie médiévale sur le statut des universaux. Un universel est un terme général, tel que « homme », « rouge » ou « vertu », qui peut s'appliquer à plusieurs individus. Dans la querelle des universaux des XIe et XIIe siècles, le conceptualisme attribué à Pierre Abélard occupe une voie intermédiaire entre réalisme et nominalisme.
Selon cette position, seules les choses individuelles et singulières existent comme choses. L'universel n'est pourtant pas un simple son ou une convention vide : il est un concept que l'esprit élabore en percevant des ressemblances entre plusieurs êtres ou objets. Sa réalité est donc mentale et cognitive. Son contenu reste fondé sur les propriétés des choses réelles dont l'expérience permet de dégager cette ressemblance.
Le concept général peut conserver une signification en l'absence de ses exemples actuels. Ainsi, si toutes les roses disparaissaient, « rose » continuerait de signifier la structure de ressemblance abstraite par l'esprit à partir de l'expérience des roses.
Un exemple, pas à pas
Prenons plusieurs roses réelles, différentes les unes des autres, et le terme général « rose ». Le passage des individus au concept peut se représenter comme une convergence : la diversité demeure, tandis que l'esprit retient une ressemblance commune.
Étape 1. Chaque rose observée est singulière. Aucune n'est, à elle seule, l'universel « rose ».
Étape 2. L'esprit compare ces individus et perçoit entre eux une ressemblance. Cette ressemblance est fondée sur les propriétés des roses réelles.
Étape 3. À partir de cette expérience, l'esprit élabore le concept « rose », applicable à plusieurs roses. Le concept possède une réalité mentale sans devenir une chose indépendante.
Contrôle. Imaginons que toutes les roses disparaissent. Le concept peut encore signifier la structure de ressemblance dégagée auparavant : il ne dépend donc pas de la présence actuelle d'une rose, sans pour autant exister comme une rose séparée.
En pratique
Pour analyser un terme général comme « rose », demandez d'abord ce qui existe selon la thèse étudiée : les individus, une réalité universelle indépendante, ou un concept mental. Ce critère révèle la position défendue.
Si l'universel est présenté comme une réalité indépendante des objets singuliers, la thèse relève du réalisme décrit dans la querelle. S'il n'est qu'un mot ou une convention, l'alternative est le nominalisme.
Retenez le conceptualisme lorsque le texte accorde au général une réalité mentale fondée sur les ressemblances entre choses réelles. Le mot, le concept et les individus ont alors des rôles distincts.
À ne pas confondre
Conceptualisme et réalisme des universaux. Le réalisme présenté dans la querelle attribue aux universaux une existence réelle indépendante des objets singuliers. Le conceptualisme situe leur réalité dans l'esprit. Dans l'exemple des roses, une réalité « rose » séparée indique le réalisme ; un concept mental indique le conceptualisme.
Conceptualisme et nominalisme. Le nominalisme décrit l'universel comme un mot ou une convention de langage sans réalité propre. Le conceptualisme lui reconnaît une réalité mentale et cognitive. Si « rose » n'est qu'une étiquette, la position est nominaliste ; si le terme exprime un concept formé par l'esprit, elle est conceptualiste.
Limites et pièges
Prendre le concept pour une chose séparée. Le piège apparaît lorsqu'on traite « rose » comme une entité extérieure aux roses et à l'esprit. Il faut revenir au statut conceptualiste : une réalité mentale fondée sur les propriétés des choses singulières.
Réduire le concept au mot. Deux expressions ne suffisent pas à épuiser ce que le conceptualisme affirme. Le symptôme est de ne voir dans l'universel qu'une convention verbale. Il faut distinguer le terme employé du concept cognitif qu'il exprime.
Mal lire l'exemple de la disparition. Dire que « rose » garderait une signification si toutes les roses disparaissaient ne rend pas l'universel indépendant comme une chose. La signification demeure parce que l'esprit a déjà dégagé une structure de ressemblance de l'expérience.
Pour aller plus loin
La fiche querelle des universaux replace la voie conceptualiste dans le problème philosophique auquel répondent les différentes positions.
La fiche réalisme - philosophie - approfondit la position qui accorde aux universaux une existence indépendante des objets singuliers.
La fiche nominalisme - philosophie - présente l'autre terme de la comparaison, où les universaux sont ramenés à des mots ou conventions.
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