AlgèbreNotion · Glossaire
Pisot Charles
Charles Pisot est un mathématicien français spécialiste de théorie des nombres, principalement associé aux nombres de Pisot. Un nombre de Pisot est un entier algébrique réel strictement supérieur à 1 dont tous les autres conjugués algébriques ont un module strictement inférieur à 1 : ce critère permet de reconnaître précisément les nombres de cette famille à partir de leur polynôme minimal.
Sommaire
Ce que vous allez apprendre
- Situer les principales étapes datées de la carrière de Charles Pisot présentes dans la source.
- Énoncer exactement les conditions qui définissent un nombre de Pisot.
- Vérifier ces conditions sur le nombre d'or avec ses deux racines.
- Distinguer la personne, la famille de nombres et la propriété générale d'entier algébrique.
En clair
En 1938, Charles Pisot soutient sous la direction de Denjoy une thèse consacrée aux nombres algébriques. Le cœur de son travail peut se voir sur une droite graduée : un nombre de Pisot dépasse 1, tandis que chacun de ses autres conjugués algébriques a une valeur absolue strictement inférieure à 1.
Cette contrainte donne son nom à une famille de nombres, aussi appelés nombres de Pisot-Vijayaraghavan. Elle constitue la trace mathématique la plus directement attachée à Charles Pisot.
Définition
Charles Pisot est un mathématicien français né en 1910 et mort en 1984. Ancien élève de l'École Normale Supérieure en 1929, il est reçu premier à l'agrégation en 1932. En 1938, il soutient sous la direction de Denjoy une thèse sur les nombres algébriques. Sa carrière le mène à l'université de Bordeaux en 1948, puis à Paris en 1955 et à l'École Polytechnique. Il appartient au groupe Bourbaki et prend sa retraite en 1979.
Son nom est surtout associé aux nombres de Pisot, ou nombres de Pisot-Vijayaraghavan. Un tel nombre est un entier algébrique réel θ strictement supérieur à 1. Tous les autres nombres obtenus comme racines du polynôme minimal de θ sur les rationnels, appelés ses conjugués algébriques, doivent avoir un module strictement inférieur à 1. Le seuil est strict des deux côtés : θ = 1 est exclu, tout comme un conjugué de module égal à 1.
Pisot a également établi que tout corps algébrique réel est engendré par un nombre de Pisot et formulé une conjecture importante sur les fonctions rationnelles. Pour les étudiants des années 1960–1970, son nom renvoie aussi au manuel de Mathématiques générales coécrit avec Marc Zamansky.
Un exemple, pas à pas
On teste le nombre d'or, noté φ. Les données sont le polynôme monique à coefficients entiers P(X) = X2 − X − 1 et ses deux racines réelles.
1. Calculer les racines. La racine positive est φ = (1 + √5) / 2 ≈ 1,618. L'autre racine est ψ = (1 − √5) / 2 ≈ −0,618.
2. Vérifier la nature algébrique. Comme P est monique et possède des coefficients entiers, ses racines sont des entiers algébriques. Le polynôme P est irréductible sur les rationnels, car son discriminant 5 n'est pas un carré rationnel ; ψ est donc le seul autre conjugué de φ.
3. Contrôler les inégalités. On a φ > 1 et |ψ| = (√5 − 1) / 2 ≈ 0,618 < 1. Ainsi, φ est un nombre de Pisot.
Le contrôle se refait sans arrondi : 2 < √5 < 3 entraîne φ > 1 et 0 < (√5 − 1) / 2 < 1. La figure matérialise ces deux tests sur une même droite graduée.
En pratique
Pour reconnaître un nombre de Pisot, on cherche d'abord son polynôme minimal. Une approximation décimale seule ne suffit pas : il faut vérifier que le nombre est un entier algébrique réel supérieur à 1 et contrôler le module de chacun de ses autres conjugués.
Pour situer Charles Pisot dans l'histoire des mathématiques, on relie son nom à la théorie des nombres plutôt qu'au seul manuel universitaire. Le critère observable est le sujet recherché : nombres algébriques et corps réels d'un côté, enseignement général avec Marc Zamansky de l'autre.
Lorsque l'expression « Pisot-Vijayaraghavan » apparaît, on ne cherche pas une seconde famille. On applique exactement le même critère algébrique que pour un nombre de Pisot.
À ne pas confondre
Charles Pisot et un nombre de Pisot. Le premier est le mathématicien français né en 1910 ; le second est un entier algébrique satisfaisant des inégalités précises. Dans « Pisot soutient sa thèse en 1938 », le nom désigne la personne ; dans « φ est un Pisot », il désigne un nombre.
Nombre de Pisot et entier algébrique. Tout nombre de Pisot est un entier algébrique, mais cette propriété ne suffit pas. Par exemple, ψ = (1 − √5) / 2 est un entier algébrique ; comme ψ < 1, ce n'est pas un nombre de Pisot.
Limites et pièges
Le seuil 1 est exclu. Un entier algébrique réel égal à 1 n'est pas un nombre de Pisot, car le nombre choisi doit être strictement supérieur à 1. Il faut contrôler une inégalité stricte, pas seulement θ ≥ 1.
Les conjugués sont tous contrôlés. Un seul conjugué de module supérieur ou égal à 1 suffit à faire échouer le critère. Il faut utiliser les racines du polynôme minimal, sans compter de nouveau le nombre θ lui-même.
Une valeur décimale ne prouve rien seule. Voir 1,618 sur une calculatrice ne garantit ni le caractère algébrique entier ni la position exacte des conjugués. Dans l'exemple, le polynôme monique P et les inégalités exactes apportent ces deux preuves.
Le résultat sur les corps ne dit pas que tout nombre réel est un nombre de Pisot. Il affirme que tout corps algébrique réel possède un générateur qui en est un. L'objet concerné est le corps engendré, non chaque élément du corps.
Pour aller plus loin
La fiche nombre de Pisot approfondit le critère algébrique qui constitue le principal héritage mathématique associé à Charles Pisot.
Le nombre d'or reprend l'exemple conducteur et permet d'étudier plus largement ses propriétés algébriques.
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