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GéométrieNotion · Glossaire

porisme

Un porisme est, dans l’usage mathématique contemporain, un énoncé affirmant qu’une propriété géométrique reste vraie quel que soit le point de départ autorisé d’une construction. Les objets construits peuvent varier, mais la propriété se conserve : l’indépendance concerne seulement la condition initiale, toutes les autres hypothèses de la construction restant fixées.
Indépendance d'une propriété au point de départ Deux points de départ A et B, soumis à la même règle, produisent des tracés différents qui possèdent la même propriété P. A B P même règle
Les tracés issus de A et de B diffèrent, mais la même propriété P est conservée ; la preuve doit couvrir tout départ autorisé.
Sommaire

Ce que vous allez apprendre

  • Identifier le critère d'indépendance au point de départ dans le sens contemporain.
  • Distinguer le porisme d'un lemme, d'un corollaire et d'un problème sans nier les recouvrements historiques.
  • Situer les porismes de Steiner et de Poncelet ainsi que le traité perdu d'Euclide dans l'histoire du terme.

En clair

Imaginez une construction géométrique que l'on peut commencer en plusieurs points. Le tracé change quand le point de départ change, mais une même propriété demeure. Cette stabilité est l'idée centrale du sens moderne de « porisme ».
Le mot a toutefois eu d'autres rôles dans l'histoire des mathématiques. Il a pu nommer un résultat proche d'un lemme ou d'un corollaire. Les porismes de Steiner et de Poncelet en sont aujourd'hui deux exemples majeurs.

Définition

Un porisme est un énoncé mathématique dont le statut n'a pas été uniforme au cours de l'histoire. Le terme a parfois été employé comme synonyme de lemme ou de corollaire. Ces emplois peuvent se recouvrir : un résultat peut découler d'un théorème déjà établi et servir ensuite à démontrer un théorème plus général. Certains auteurs placent ainsi le porisme entre le théorème, considéré comme un énoncé fermé, et le problème, considéré comme un énoncé ouvert.
Dans l'usage contemporain, le mot désigne principalement une propriété géométrique indépendante du point initial d'une construction. Les objets effectivement tracés peuvent varier, tandis que la propriété annoncée se conserve pour tout point de départ autorisé par la construction. Le porisme de Steiner concerne la fermeture d'une chaîne de cercles tangents entre deux cercles fixes : si une telle chaîne se ferme pour un premier placement, elle se ferme quel que soit le placement initial autorisé. Celui de Poncelet porte sur un polygone inscrit dans une conique et tangent à une autre : s'il se ferme depuis un point initial, il se ferme depuis tout point autorisé de la conique extérieure. Il ne faut pas en déduire que toutes les conditions de la construction disparaissent : seule l'indépendance à la condition initiale est affirmée par cette caractérisation. Euclide avait consacré aux porismes un traité en trois livres aujourd'hui perdu ; son existence est connue par les commentaires de Pappus et de Proclus.

Un exemple, pas à pas

Prenons un cas précis du porisme de Poncelet. Données : deux cercles concentriques de centre O, le cercle extérieur de rayon 1 et le cercle intérieur de rayon 1/2. Sur le cercle extérieur, choisissons A = (1, 0), puis B = (−1/2, √3/2) et C = (−1/2, −√3/2). Ces trois points forment un triangle équilatéral inscrit dans le grand cercle.
1. Tracez les côtés [AB], [BC] et [CA]. La distance de O à chacun vaut 1/2 : chaque côté est donc tangent au petit cercle.
2. Le parcours A → B → C → A se ferme après trois côtés, avec les sommets sur le grand cercle et les côtés tangents au petit.
3. Faites tourner tout le triangle autour de O, par exemple d'un quart de tour. Les deux cercles ne changent pas ; le nouveau triangle possède encore les mêmes propriétés et se ferme encore en trois côtés.
4. Plus généralement, depuis n'importe quel point de départ du grand cercle et en choisissant toujours la tangente dans le même sens, les sommets successifs sont séparés d'un angle de 120° : après trois étapes, on revient au départ.
Cette configuration est refaisable au compas : tracez deux cercles concentriques de rayons 4 cm et 2 cm, placez un point quelconque sur le grand cercle, puis construisez trois cordes successives tangentes au petit cercle dans un même sens. Le troisième côté revient au point initial. Le calcul exact du cas A, B, C et la rotation donnent ici une famille complète ; le porisme général de Poncelet concerne aussi d'autres couples de coniques.

En pratique

Dans un texte de géométrie contemporain, on cherche d'abord ce qui varie au départ et ce qui reste vrai à l'arrivée. Si l'énoncé affirme une conservation pour tout point initial autorisé, la lecture en termes de porisme est pertinente.
Dans un texte ancien, le contexte décide du sens. Si le résultat sert surtout d'étape dans une démonstration, le rapprochement avec un lemme peut éclairer sa fonction ; s'il découle d'un théorème, le rapprochement avec un corollaire peut être plus utile.
Pour présenter un résultat moderne, on nomme précisément le porisme concerné, notamment celui de Steiner ou celui de Poncelet. Employer le mot seul sans énoncer la propriété conservée laisse l'information essentielle indéterminée.

À ne pas confondre

Un corollaire. Ce nom décrit un résultat qui découle d'un théorème. Le sens moderne de porisme met plutôt l'accent sur une propriété géométrique conservée malgré le changement du point initial. Un même résultat peut néanmoins relever des deux descriptions.
Un lemme. Le lemme est envisagé ici par sa fonction d'aide à la démonstration d'un résultat plus général. Le porisme contemporain se reconnaît, lui, à l'indépendance envers le point de départ de la construction. L'usage historique du mot « porisme » peut toutefois recouvrir celui de « lemme ».
Un problème. Dans la distinction rapportée par certains auteurs, le problème est ouvert tandis que le théorème est fermé, et le porisme occupe une position intermédiaire. Cette lecture historique ne suffit pas à caractériser les porismes géométriques modernes.

Limites et pièges

Deux essais ne font pas un porisme. Retrouver la même propriété depuis deux points distincts est un indice, pas une preuve. Il faut établir le résultat pour chaque point de départ autorisé par la construction.
Indépendant ne signifie pas sans hypothèses. Le point initial peut varier, mais les objets, les règles et le domaine autorisé restent fixés. Si l'on change aussi ces données, la conservation observée ne teste plus le même énoncé.
Le sens dépend de l'époque et de l'auteur. Lire systématiquement tout porisme ancien comme une invariance géométrique moderne efface la polysémie du terme. Il faut examiner le rôle donné à l'énoncé dans le texte.
Le traité d'Euclide n'est plus disponible. Les trois livres consacrés aux porismes sont perdus et connus par les commentaires de Pappus et de Proclus. On ne doit donc pas présenter leur contenu comme directement conservé.

Pour aller plus loin

La fiche corollaire précise le rôle logique d'un résultat déduit d'un théorème et éclaire l'un des anciens emplois possibles du mot « porisme ».
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