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ArithmétiqueThéorème · Glossaire

paradoxe de Wittgenstein

Le paradoxe de Wittgenstein soutient qu’une suite finie de cas ne détermine pas à elle seule la règle qui doit les prolonger : une action compatible avec ces données peut être rendue conforme à une interprétation alternative. Il interroge donc ce qui fixe l’application correcte d’une règle. En pratique, des conventions d’usage et un contexte partagés peuvent suffisamment expliciter la règle et déterminer l’action attendue.
Deux continuations du préfixe 2, 4, 8, 12 Une trajectoire commune se sépare après 12 : la branche rouge mène à 14 et la branche noire à 16. Préfixe : 2 → 4 → 8 → 12 14 16
Les mêmes quatre termes satisfont deux règles candidates, qui ne divergent qu’au terme suivant : 14 pour l’une, 16 pour l’autre.
Sommaire

Ce que vous allez apprendre

  • Distinguer les termes visibles de la règle supposée.
  • Vérifier sur 2, 4, 8, 12 que deux règles peuvent diverger ensuite.
  • Comprendre pourquoi une consigne explicite résout la tâche sans effacer la question philosophique.

En clair

On vous montre 2, 4, 8, 12 et l’on vous demande le nombre suivant. Vous cherchez sans doute un motif, mais les quatre valeurs ne disent pas quelle règle leur auteur avait en tête. Plusieurs consignes peuvent reproduire exactement ce début et conduire ensuite à des nombres différents.
Le paradoxe apparaît dans cet écart entre les signes visibles et la règle que l’on croit devoir suivre. Une réponse semble naturelle seulement parce que nous partageons des habitudes d’interprétation qui ne figurent pas toutes dans la suite.

Définition

Le paradoxe de Wittgenstein porte sur le rapport entre une règle et les actions présentées comme ses applications. Une formulation verbale ou une liste d’exemples n’impose pas, par elle-même, une seule manière de poursuivre : on peut construire plusieurs interprétations qui concordent avec tous les cas déjà observés, puis divergent dans un cas nouveau.
Pour une suite finie, les termes donnés constituent les données visibles. La règle de continuation est une hypothèse ajoutée pour relier ces termes. Ainsi, 2, 4, 8, 12 peuvent être reproduits par des règles distinctes qui proposent ensuite 14, 16 ou une autre valeur. La conformité passée ne suffit donc pas à identifier une règle unique.
Le paradoxe ne signifie pas que toutes les réponses se valent dans un exercice ordinaire. Une consigne explicite, des conventions partagées et le contexte permettent d’évaluer une réponse. Il montre plutôt que ces éléments d’usage participent à l’application de la règle : ils ne peuvent pas toujours être remplacés par la seule inspection des exemples.

Le principe

Si l’on dispose seulement d’une formulation sous-déterminée d’une règle, ou d’un nombre fini de ses applications sans règle suffisamment explicitée, alors ces données ne déterminent pas à elles seules une conduite future unique. Une interprétation alternative peut alors rendre conforme une action donnée compatible avec les cas déjà observés. Dans le cas d’une suite, plusieurs règles coïncident sur les termes fournis et donnent des termes suivants différents.

Quand l'utiliser

Le problème se manifeste lorsqu’une conduite doit être reconnue comme conforme à une règle et que l’interprétation attendue reste implicite. Dans une suite, il faut distinguer les termes observés, la règle supposée et la continuation demandée. Deux règles concurrentes doivent reproduire toutes les données déjà fournies ; leur désaccord n’apparaît que sur un cas nouveau.
Le contre-cas pratique est une consigne acceptée et suffisamment précise, par exemple « après 12, ajouter 4 à chaque terme ». On ne cherche alors plus à deviner une règle à partir de 2, 4, 8, 12 : on applique l’instruction et l’on obtient 16. Cette précision résout la tâche locale sans supprimer la question philosophique de l’interprétation des mots employés.

Un exemple, pas à pas

Données : quatre termes sont affichés, 2, 4, 8 et 12. Le terme suivant est inconnu, et aucune règle de continuation n’est donnée.
1. Une première règle fait répéter les écarts +2, +4, +4. Elle reproduit 2, 4, 8, 12, puis recommence par +2.
2. Avec cette règle, le cinquième terme vaut 12 + 2 = 14.
3. Une seconde règle conserve les mêmes quatre valeurs, puis demande d’ajouter 4 après 12.
4. Avec cette seconde règle, le cinquième terme vaut 12 + 4 = 16. Le schéma des deux branches rend visible le moment où les interprétations cessent de coïncider.
Contrôle : les deux règles redonnent bien 2, 4, 8 et 12. Elles ne se distinguent qu’au cinquième terme. Les données initiales ne permettent donc pas, seules, de choisir entre 14 et 16.

En pratique

Dans un exercice de suite, on sépare les nombres fournis de la règle supposée. Si plusieurs motifs conviennent, on annonce celui que l’on retient au lieu de présenter le prochain terme comme nécessaire.
Pour rédiger une consigne, on précise l’opération et le moment où elle s’applique. Cette formulation est préférable à une simple liste d’exemples lorsque plusieurs prolongements restent compatibles avec les données.
Lorsqu’une réponse diffère de celle attendue, on vérifie d’abord la règle effectivement suivie. Si elle reproduit tous les cas donnés, le désaccord porte sur l’interprétation implicite, pas forcément sur le calcul.

À ne pas confondre

Le paradoxe de Wittgenstein ne se confond pas avec une suite logique. Une suite logique est l’objet ou l’exercice à prolonger selon un motif attendu ; le paradoxe interroge ce qui autorise à tenir ce motif pour la règle. Avec 2, 4, 8, 12, proposer 16 résout une consigne particulière, tandis que constater l’existence d’autres continuations met en évidence le paradoxe.
Il ne s’agit pas non plus d’une erreur de calcul. Une erreur viole une règle déjà fixée, comme écrire 12 + 4 = 15. Le paradoxe apparaît avant ce verdict, lorsque plusieurs règles peuvent encore être rendues compatibles avec les exemples disponibles.

Limites et pièges

Une régularité familière n’est pas une preuve d’unicité. Le symptôme est l’affirmation « la seule réponse possible est 16 » alors que seule la liste 2, 4, 8, 12 a été donnée. Il faut formuler la règle choisie et limiter la conclusion à cette interprétation.
Inventer une règle après avoir vu la réponse peut rendre n’importe quelle continuation artificiellement conforme. Le symptôme est une règle qui ajoute des exceptions uniquement pour sauver un résultat. Dans une tâche réelle, on préfère une consigne annoncée à l’avance et des critères partagés ; le paradoxe explique pourquoi ce cadre compte, il ne dispense pas de le respecter.
L’indétermination d’un préfixe fini ne signifie pas que les mathématiques sont arbitraires. Lorsque « ajouter 4 après 12 » est fixé dans l’arithmétique usuelle, 16 est le résultat de cette instruction. Il faut distinguer la liberté de proposer une autre règle de la correction d’un calcul sous une règle donnée.

Pour aller plus loin

La suite logique permet d’examiner l’autre face du problème : comment reconnaître et formuler le motif attendu dans un exercice de continuation.
On peut aussi prolonger la réflexion sans changer d’objet : augmenter le nombre de termes élimine certaines règles candidates, mais n’oblige toujours pas une liste finie à sélectionner, par elle-même, une règle unique.
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