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AlgèbreThéorème · Glossaire

Grenouille (lemme de)

Dans une suite récurrente, chaque terme est obtenu en appliquant la même règle au précédent : un+1=f(un)u_{n+1}=f(u_n). Le lemme de la grenouille affirme que, sous ses hypothèses, les positions convergent si et seulement si leurs sauts successifs un+1 − un tendent vers zéro.
Itération de la fonction f(x)=(x+2)/2 vers le point fixe 2 Dans un repère de zéro à deux, un escalier relie la droite rouge de la fonction à la diagonale noire et se resserre vers leur intersection en deux. 0 2 1 2 y=x y=f(x)
L’escalier d’itération se resserre vers l’intersection (2, 2), tandis que les écarts sont divisés par deux.
Sommaire

Ce que vous allez apprendre

  • Énoncer l’équivalence entre convergence et annulation asymptotique des différences successives.
  • Vérifier le segment invariant, la continuité et la forme récurrente nécessaires.
  • Appliquer le critère à une suite dont les termes, les écarts et la limite sont calculés exactement.
  • Reconnaître deux situations où la conclusion ne peut pas être utilisée.

En clair

Imaginez une grenouille qui saute sur le segment de 0 à 2 : chaque nouvelle position dépend de la précédente. Si ses sauts deviennent de plus en plus courts, elle pourrait encore sembler hésiter. Le lemme affirme qu’avec une règle continue qui la maintient dans ce segment, cette hésitation ne dure pas : ses positions finissent par se rapprocher d’une même valeur.
Réciproquement, lorsqu’une suite de positions converge, l’écart entre deux positions consécutives tend forcément vers zéro. Le résultat transforme ainsi un problème de convergence en un contrôle des sauts successifs.

Définition

Le lemme de la grenouille est un critère de convergence pour une suite récurrente obtenue en répétant une même fonction. On considère un segment fermé borné [a, b], une fonction continue f qui envoie chaque point de [a, b] dans [a, b], puis une valeur initiale u0 appartenant à ce segment. La suite est définie par la relation suivante : un+1=f(un)u_{n+1}=f(u_n).
Une limite éventuelle n’est pas quelconque : si la suite converge vers une valeur ℓ, la continuité donne f(ℓ) = ℓ. Toute limite obtenue est donc un point fixe de f. Cette conséquence concerne l’orbite issue de la valeur initiale choisie ; elle ne signifie pas que toute itération d’une fonction continue converge, ni qu’un point fixe est unique.

Le principe

Soit f une fonction continue d’un segment fermé borné [a, b] dans lui-même. Pour une valeur u0 de [a, b], on définit la suite (un) par un+1=f(un)u_{n+1}=f(u_n). Alors :
(un) converge  limn+(un+1un)=0(u_n)\ \text{converge}\ \Longleftrightarrow\ \lim_{n\to+\infty}(u_{n+1}-u_n)=0
Autrement dit, sous ces hypothèses, la convergence équivaut au fait que les sauts successifs deviennent arbitrairement petits.

Quand l'utiliser

Le critère s’applique lorsque trois points sont vérifiés. Les termes restent dans un même segment fermé borné [a, b]. La règle f est continue sur ce segment. Enfin, chaque terme est exactement l’image du précédent par cette même règle : un+1=f(un)u_{n+1}=f(u_n). On peut alors étudier la convergence en examinant un+1 − un.
Sans récurrence autonome, de petits écarts ne suffisent pas. La suite des sommes partielles 1 + 1/2 + ⋯ + 1/n vérifie que l’écart entre deux termes consécutifs vaut 1/(n + 1) et tend vers zéro, mais elle ne converge pas. Dans ce contre-cas, il faut employer un autre critère, par exemple étudier directement les sommes partielles.

Un exemple, pas à pas

Sur le segment [0, 2], on choisit la fonction f définie par f(x)=x+22f(x)=\frac{x+2}{2} et la valeur initiale u0 = 0. La fonction est continue et ses valeurs appartiennent à [1, 2], donc à [0, 2].
1. La récurrence donne u1 = 1, puis u2 = 3/2 et u3 = 7/4.
2. En soustrayant 2 à la relation de récurrence, on obtient un+1 − 2 = (un − 2)/2.
3. À partir de u0 − 2 = −2, on en déduit un=221nu_n=2-2^{1-n}.
4. Ainsi, un+1un=2nu_{n+1}-u_n=2^{-n}, quantité qui tend vers zéro.
Le lemme garantit donc que la suite converge. La formule explicite confirme que sa limite est 2, et le contrôle f(2) = 2 vérifie que cette limite est bien un point fixe. Le diagramme d’itération rend visibles les sauts 0, 1, 1/2, 1/4 et 1/8 qui se resserrent vers 2.

En pratique

Pour une suite donnée par un+1 = f(un), on commence par trouver un segment stable : dès que un y appartient, f(un) y appartient aussi. Ce contrôle garantit que l’orbite ne s’échappe pas.
On établit ensuite la continuité de f sur ce segment, puis on étudie l’écart un+1 − un. Si cet écart tend vers zéro, le lemme donne la convergence sans qu’il soit nécessaire de prouver séparément que la suite est monotone.
Si f est contractante, une estimation de contraction donne souvent davantage : elle établit directement la convergence et sa vitesse. Le lemme de la grenouille reste utile lorsque seule la petitesse asymptotique des sauts est accessible.

À ne pas confondre

Avec le théorème du point fixe. Un théorème de point fixe affirme, sous ses propres hypothèses, l’existence ou l’unicité d’une valeur ℓ telle que f(ℓ) = ℓ. Le lemme de la grenouille porte sur la convergence d’une orbite particulière. Une fonction peut avoir plusieurs points fixes sans que l’énoncé choisisse à lui seul celui atteint.
Avec le lemme de Nakayama. Celui-ci concerne des modules de type fini sur un anneau local et conclut notamment que M = 0 lorsque M = mM. Malgré l’appellation rapprochée dans certaines sources, ce résultat algébrique n’est pas le critère de convergence des suites récurrentes présenté ici.

Limites et pièges

Des sauts petits ne suffisent pas isolément. La suite harmonique des sommes partielles a des écarts qui tendent vers zéro tout en divergeant. Le symptôme est l’absence d’une itération continue confinée dans un segment compact ; il faut alors changer de critère.
Une oscillation de période 2 échoue au test. Pour f(x) = 1 − x sur [0, 1] et u0 = 0, la suite alterne entre 0 et 1. Les écarts valent successivement 1 et −1 : ils ne tendent pas vers zéro, donc le lemme ne conclut pas à tort à une convergence.
Le confinement est essentiel. Si les termes ne restent pas dans un segment fermé borné, la compacité utilisée par le résultat disparaît. Avant d’appliquer le critère, il faut donc établir un intervalle invariant ou recourir à une estimation adaptée au domaine non borné.

Pour aller plus loin

La fiche Valeur d'adhérence précise les limites possibles de sous-suites, un outil central derrière le passage des petits sauts à une limite unique.
La fiche fonction continue approfondit l’hypothèse qui autorise le passage de un+1 = f(un) à f(ℓ) = ℓ lorsque la suite converge vers ℓ.
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