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GéométrieMéthode · Glossaire

méthode des indivisibles

La méthode des indivisibles calcule ou compare des aires et des volumes en considérant une figure ou un solide comme formé de sections parallèles. Selon le principe de Cavalieri, deux figures planes ou deux solides compris entre des bornes parallèles communes ont la même aire ou le même volume si, à chaque niveau correspondant, leurs sections ont respectivement la même mesure totale — la même longueur lorsque chaque section plane est un segment unique — ou la même aire. Elle fournit ainsi l’intuition géométrique du calcul intégral, sans effectuer explicitement de passage à la limite.
Coupes homologues d’un rectangle et d’un parallélogramme Deux figures de hauteur 4 ont, à chaque niveau, une coupe horizontale de longueur 6. Rectangle Parallélogramme 6 4
Les deux figures ont une hauteur de 4 et des coupes horizontales de longueur 6 à chaque niveau ; leur aire vaut 24.
Sommaire

Ce que vous allez apprendre

  • Relier l’égalité des sections à l’égalité des aires ou des volumes.
  • Vérifier la méthode sur un rectangle et un parallélogramme d’aire 24 unités carrées.
  • Identifier l’ambiguïté historique des indivisibles face à l’infini.

En clair

Imaginez un rectangle et un parallélogramme oblique, tous deux hauts de 4 unités. À chaque hauteur, une coupe horizontale traverse exactement 6 unités dans chaque figure. La méthode des indivisibles considère ces figures comme composées de telles tranches : puisque les tranches correspondantes ont la même longueur, les deux aires sont égales.
La même intuition vaut dans l'espace : on compare alors les aires des coupes de deux solides, niveau par niveau, pour comparer leurs volumes.

Définition

La méthode des indivisibles est une technique géométrique de calcul d’aires et de volumes. Une figure plane est pensée comme un assemblage de segments parallèles, et un solide comme un assemblage de sections planes parallèles. Elle applique le principe de Cavalieri : si deux figures planes ont la même hauteur et si, à chaque niveau, la mesure totale de leurs sections horizontales est la même, leurs aires sont égales. Pour deux solides de même hauteur, l’égalité des aires de toutes les sections horizontales entraîne l’égalité des volumes.
Proposée par Cavalieri en 1635, la méthode obtient ces résultats sans formuler explicitement un passage à la limite. Torricelli et Wallis l’ont ensuite perfectionnée. Sa force est de remplacer la mesure globale d’une figure par une comparaison niveau par niveau.
Cette conception historique des indivisibles demeure ambiguë face à l’infini continu et à l’infini dénombrable. Le calcul intégral fondé par Newton et Leibniz fournit ensuite un cadre rigoureux indépendant de cette géométrie.

Le principe

Placez deux figures planes entre deux droites horizontales communes. Si toute droite horizontale intermédiaire découpe dans les deux figures des sections planes correspondantes de même mesure totale — donc des segments de même longueur lorsque chaque section est un segment unique —, alors les figures ont la même aire. Pour des solides compris entre deux plans horizontaux communs, si chaque plan intermédiaire produit des sections de même aire, alors les solides ont le même volume. La comparaison doit valoir à chaque niveau de la hauteur commune.

Quand l'utiliser

La méthode s’applique à deux figures planes ou à deux solides que l’on peut couper suivant une même direction. Les objets doivent être compris entre les mêmes deux niveaux limites, ou les sections doivent être explicitement mises en correspondance selon une même hauteur relative. À chaque niveau correspondant, il faut comparer des sections parallèles : leurs mesures totales doivent être égales dans le plan, ou leurs aires égales dans l’espace. Ces vérifications donnent une égalité d’aires ou de volumes, pas nécessairement une superposition des objets.
Si une seule coupe du parallélogramme mesurait 5 unités alors que celle du rectangle en mesure 6, l’hypothèse échouerait. Le principe ne permettrait plus de conclure à l’égalité des aires ; il faudrait établir une autre comparaison ou employer le calcul intégral.

Un exemple, pas à pas

On compare un rectangle et un parallélogramme oblique. Le rectangle a une largeur de 6 unités et une hauteur de 4 unités. Le parallélogramme possède la même base de 6 unités et la même hauteur de 4 unités.
1. À un niveau quelconque compris entre 0 et 4 unités, la coupe horizontale du rectangle est un segment de longueur 6.
2. Au même niveau, la coupe horizontale du parallélogramme relie ses deux côtés obliques. Sa longueur est également 6. La figure rend cette correspondance visible à trois niveaux, mais le raisonnement porte sur tous les niveaux.
3. Les deux figures ont la même hauteur et toutes leurs coupes correspondantes ont la même longueur. Le principe de Cavalieri donne donc des aires égales.
4. Le contrôle direct confirme le résultat : dans chaque cas, base × hauteur = 6 × 4 = 24. Chaque aire vaut donc 24 unités carrées.

En pratique

Pour comparer deux aires, on choisit une direction de coupe commune, puis on vérifie que les sections prises au même niveau ont la même mesure totale. Cette voie est pertinente lorsque les sections se comparent plus simplement que les contours entiers.
Pour comparer deux volumes, on remplace les segments par des sections planes et l’on compare leurs aires. Si les sections ne coïncident pas niveau par niveau, le principe de Cavalieri ne suffit pas.
Dans un raisonnement moderne qui exige de justifier un calcul plutôt que de comparer exactement deux objets, le calcul intégral offre le cadre rigoureux approprié.

À ne pas confondre

Principe de Cavalieri. Le principe est le critère d’égalité : mêmes hauteurs et mêmes mesures de sections à chaque niveau entraînent mêmes aires ou mêmes volumes. La méthode des indivisibles est la technique historique qui s’appuie sur ce critère pour effectuer des calculs.
Calcul intégral. La méthode des indivisibles raisonne géométriquement avec des tranches tenues pour indivisibles, sans passage à la limite explicite. Le calcul intégral repose sur des bases rigoureuses indépendantes de cette conception. Une comparaison exacte de sections relève directement de Cavalieri ; une intégrale relève du second cadre.

Limites et pièges

Une égalité à quelques niveaux ne suffit pas. Dans l’exemple, trois coupes sont dessinées pour rendre l’idée visible, mais l’hypothèse porte sur tous les niveaux entre 0 et 4 unités. Si une coupe diffère, même à un niveau intermédiaire, le principe ne permet plus de conclure.
L’infini ne se manipule pas comme un nombre ordinaire. La notion historique d’indivisible entretient une ambiguïté entre infini continu et infini dénombrable. Pour éviter qu’un décompte informel de tranches produise une fausse égalité, il faut revenir aux hypothèses du principe ou au cadre du calcul intégral.
Un raisonnement séduisant peut être faux. Paul Guldin a montré qu’un raisonnement par indivisibles pouvait conclure à tort que les deux triangles issus de la hauteur d’un triangle non isocèle ont la même aire. Ce paradoxe signale qu’une correspondance informelle entre indivisibles ne remplace pas la vérification des sections correspondantes.

Pour aller plus loin

Le principe de Cavalieri isole le critère d’égalité des sections qui fait fonctionner la méthode, dans le plan comme dans l’espace.
Le prolongement historique conduit de la géométrie des indivisibles, perfectionnée par Torricelli et Wallis, au calcul intégral fondé par Newton et Leibniz. Ce changement de cadre résout l’ambiguïté attachée à la notion d’infini.
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