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AnalyseThéorème · Glossaire

théorème convergence radiale d'Abel

Le théorème de convergence radiale d'Abel est un résultat central de la théorie des séries entières, portant sur le comportement à la frontière du disque de convergence. Soit f(z)=n0anznf(z)=\sum_{n\geq 0}a_nz^n une série entière à coefficients complexes, de rayon de convergence R. Si la série numérique n0anRn\sum_{n\geq 0}a_nR^n converge, alors la limite de f(x) lorsque x tend vers R par valeurs inférieures existe et est égale à la somme de cette série : limxRf(x)=n0anRn\lim_{x\to R^-}f(x)=\sum_{n\geq 0}a_nR^n. Ce théorème, dû à Abel, établit ainsi la limite radiale de la somme au point R, sous réserve de la convergence de la série en ce point du bord.
Limite radiale vers ln 2 La courbe croissante de ln de un plus x approche le point rouge de coordonnées un et ln deux. 0 x = 1 f(x) = ln(1 + x) ln 2
Sur 0 ≤ x < 1, la somme ln(1 + x) s’approche de ln 2 au bord x = 1.
Sommaire

Ce que vous allez apprendre

  • Identifier les hypothèses exactes du passage à la limite radiale.
  • Appliquer le théorème à la série de ln(1 + x) et retrouver ln 2.
  • Distinguer convergence au bord, convergence uniforme et sommation d’Abel.
  • Repérer les cas où le théorème ne permet aucune conclusion.

En clair

Imaginez que l’on calcule une série entière pour des nombres de plus en plus proches du bord de sa zone de convergence. À l’intérieur, la somme varie sans difficulté. Au bord, la série pourrait pourtant changer de comportement. Le théorème d’Abel donne un passage sûr : si la série obtenue exactement au point du bord converge, alors les sommes calculées en s’en approchant radialement tendent vers cette même valeur. Le bord ne crée donc pas de saut à ce point.

Définition

Une série entière est une série de termes anzn, où z est un nombre complexe et an le coefficient d’indice n. Son rayon de convergence R délimite le disque dans lequel cette série converge et sa somme définit une fonction f. Le théorème de convergence radiale d’Abel décrit ce qui se passe au point réel R du bord.
On suppose que R est fini et positif, et que la série des valeurs au bord n0anRn\sum_{n\geq 0} a_n R^n converge. Lorsque le nombre réel x reste inférieur à R et s’en approche, la valeur f(x) tend alors vers la somme au bord. La convergence demandée peut être conditionnelle : l’absolue convergence n’est pas nécessaire. Le résultat porte sur une approche radiale précise, le long du segment réel qui rejoint R ; il ne décrit pas automatiquement tous les autres points du cercle de rayon R.

Le principe

Soit f la somme, dans le disque de rayon R fini et positif, d’une série entière de coefficients complexes an. Si la série obtenue au point R converge, alors la limite radiale de f en R existe et vaut sa somme.
n0anRn=SlimxRn0anxn=S\sum_{n\geq 0}a_nR^n=S\quad\Longrightarrow\quad\lim_{x\to R^-}\sum_{n\geq 0}a_nx^n=S
La notation x → R signifie que x est réel, reste strictement inférieur à R et s’en rapproche.

Quand l'utiliser

Le résultat s’applique à une série entière dont le rayon de convergence R est fini et positif. Il faut connaître la convergence de la série au point du bord considéré, ici z = R. Il faut aussi approcher ce point radialement : x parcourt l’intervalle intérieur et tend vers R par valeurs inférieures.
La condition vérifiable est donc la convergence de n0anRn\sum_{n\geq 0}a_nR^n. Une convergence seulement conditionnelle suffit ; demander la convergence absolue serait plus fort que nécessaire.
Contre-cas : pour la série Σxn, le rayon vaut 1, mais la série au bord Σ1 diverge. Le théorème ne donne alors aucune limite finie lorsque x tend vers 1 ; il faut étudier directement f(x) = 1/(1 − x), qui devient non bornée.

Un exemple, pas à pas

Considérons la série entière alternée dont le terme d’indice n, pour n au moins égal à 1, est (−1)n+1xn/n. Son rayon de convergence est R = 1. Au point x = 1, elle devient la série harmonique alternée, qui converge vers ln 2.
Étape 1. Pour tout x compris entre 0 et 1, la série est le développement de la fonction ln(1 + x). On pose donc f(x)=n1(1)n+1xnn=ln(1+x)f(x)=\sum_{n\geq1}\frac{(-1)^{n+1}x^n}{n}=\ln(1+x).
Étape 2. Au bord x = 1, les termes donnent 112+1314+=ln21-\frac12+\frac13-\frac14+\cdots=\ln 2. La convergence est conditionnelle, car la série des valeurs absolues diverge.
Étape 3. Les hypothèses d’Abel sont réunies. La limite radiale vaut donc la somme au bord : limx1f(x)=ln2\lim_{x\to1^-}f(x)=\ln 2.
Étape 4. Un contrôle direct confirme le résultat : puisque f(x) = ln(1 + x) pour x < 1 et que le logarithme est continu, sa limite est ln(1 + 1) = ln 2, soit environ 0,693.
La courbe de ln(1 + x) sur le segment intérieur rend visible l’approche de la valeur ln 2 au point x = 1, sans supposer la convergence absolue de la série au bord.

En pratique

Pour évaluer une somme au bord, on reconnaît d’abord une série entière connue à l’intérieur du disque. Si la série au bord converge, le théorème autorise le passage à la limite radiale ; sinon, une étude directe est nécessaire.
Pour contrôler une preuve, on sépare deux questions : le rayon donne le domaine intérieur, puis un test de séries numériques traite le point du bord. La seule connaissance du rayon ne suffit pas à conclure sur ce point.
Pour choisir entre convergence absolue et théorème d’Abel, on observe la série au bord. Si elle converge absolument, les outils usuels suffisent souvent ; si elle converge seulement conditionnellement, Abel fournit précisément la continuité radiale recherchée.

À ne pas confondre

Convergence radiale et convergence uniforme. La convergence radiale suit un rayon vers un point du bord. La convergence uniforme impose un contrôle commun sur tout un ensemble. Dans l’exemple de ln(1 + x), Abel conclut pour x → 1 sans affirmer une convergence uniforme sur tout le cercle unité.
Théorème de convergence radiale et sommation d’Abel. Ici, une série déjà convergente au bord détermine la limite intérieure. La sommation d’Abel attribue parfois une valeur à une série divergente par une limite de séries génératrices. Une série divergente au bord sépare donc nettement les deux usages.
Rayon et point du bord. Le rayon R indique où la série converge absolument à l’intérieur, mais ne décide pas du comportement lorsque |z| = R. Deux séries de même rayon peuvent converger ou diverger au même point du cercle.

Limites et pièges

Au seuil x = R. Pour |x| < R, la série entière converge absolument. À x = R, ce fait ne suffit plus : il faut tester la série numérique au bord. Si elle diverge, comme Σ1 pour la série géométrique de rayon 1, Abel ne conclut pas.
Un point, pas tout le cercle. L’énoncé donné vise le point positif R et l’approche réelle x → R. Pour un autre point du cercle, il faut reformuler le problème le long du rayon correspondant et vérifier la convergence de la série en ce point.
Continuité limitée au rayon. La conclusion assure la valeur de la limite sur le segment radial. Elle ne fournit pas, à elle seule, une continuité sur un arc du cercle ni un prolongement analytique au-delà du disque. Il faut des hypothèses supplémentaires pour ces propriétés.
Rayon non fini. Si R est infini, il n’existe aucun point de bord fini auquel appliquer cet énoncé. Si le rayon est nul, il n’existe aucun segment intérieur non trivial. Dans ces deux cas, il faut étudier directement le domaine de définition.

Pour aller plus loin

série entière — Pour revoir comment les coefficients et les puissances définissent la fonction étudiée à l’intérieur de son domaine de convergence.
Rayon de convergence — Pour déterminer la frontière avant d’analyser séparément les points où la valeur absolue de z égale R.
Disque de convergence — Pour situer géométriquement le domaine intérieur et comprendre ce que signifie atteindre son bord le long d’un rayon.
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