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AnalyseFormule · Glossaire

règle de Raabe-Duhamel

Pour une suite (uₙ) de réels strictement positifs telle que uₙ₊₁/uₙ = 1 − α/n + o(1/n), la règle de Raabe-Duhamel détermine la nature de la série ∑uₙ : elle converge si α > 1, diverge si α < 1 et ne permet pas de conclure si α = 1. Elle affine ainsi le critère de d’Alembert lorsque le rapport uₙ₊₁/uₙ tend vers 1.
Coefficient de Raabe pour la série de terme 1 sur n carré Les cinquante valeurs du coefficient n fois un moins le quotient de deux termes successifs franchissent le seuil un au rang deux et tendent vers deux. Aₙ n 1 10 30 50 1 2 seuil 1 limite α = 2
Pour uₙ = 1/n², le coefficient franchit le seuil 1 à n = 2 puis se rapproche de 2.
Sommaire

Ce que vous allez apprendre

  • Identifier le cas où le critère de d'Alembert ne conclut pas.
  • Calculer le coefficient α à partir du quotient de termes successifs.
  • Appliquer le seuil α = 1 à la série ∑1/n².
  • Reconnaître le cas indécis et les hypothèses qui interdisent le test.

En clair

Prenons les nombres 1, 1/4, 1/9, 1/16… Deux termes successifs deviennent presque égaux en proportion : leur rapport se rapproche de 1. Le critère habituel du rapport s'arrête alors trop tôt. La règle de Raabe-Duhamel observe plus finement la vitesse de ce rapprochement, à l'échelle de 1/n. Si le coefficient ainsi dégagé dépasse 1, les termes diminuent assez vite pour que leur somme reste finie ; s'il est inférieur à 1, la somme diverge.

Définition

La règle de Raabe-Duhamel est un critère de convergence pour une série dont le terme général, noté un, est un réel strictement positif. Elle intervient lorsque le quotient de deux termes consécutifs tend vers 1, situation dans laquelle le critère de d'Alembert est muet.
On cherche un réel α tel que le quotient possède le développement asymptotique suivant : un+1un=1αn+o ⁣(1n)\frac{u_{n+1}}{u_n}=1-\frac{\alpha}{n}+o\!\left(\frac{1}{n}\right). Le symbole o(1/n) représente un reste qui, divisé par 1/n, tend vers 0. De façon équivalente, la quantité n(1 − un+1/un) tend vers α.
Si α est strictement supérieur à 1, la série ∑un converge. Si α est strictement inférieur à 1, elle diverge. À la valeur charnière α = 1, aucune conclusion n'est permise. Nommé d'après Jean-Marie Duhamel et Joseph Raabe (1801-1859), ce critère est un cas particulier du critère de Kummer.

Le principe

Soit (un) une suite de réels strictement positifs. Si, pour un réel α, le quotient de deux termes consécutifs vérifie un+1un=1αn+o ⁣(1n)\frac{u_{n+1}}{u_n}=1-\frac{\alpha}{n}+o\!\left(\frac{1}{n}\right), alors la série ∑un converge lorsque α > 1 et diverge lorsque α < 1. Lorsque α = 1, la règle de Raabe-Duhamel ne tranche pas.

Quand l'utiliser

La règle porte sur une série ∑un dont les termes sont réels et strictement positifs, au moins à partir d'un certain rang. Il faut pouvoir former le quotient un+1/un et déterminer son écart à 1 au premier ordre en 1/n.
Une vérification pratique consiste à étudier la limite limn+n(1un+1un)=α\lim_{n\to+\infty}n\left(1-\frac{u_{n+1}}{u_n}\right)=\alpha. Une limite réelle différente de 1 fournit le verdict. L'existence de la seule limite un+1/un = 1 ne suffit pas.
Si cette limite vaut 1, par exemple pour un = 1/n, le test est bloqué alors que la série harmonique diverge. Il faut alors conserver un terme asymptotique supplémentaire ou employer un autre critère adapté à la série.

Un exemple, pas à pas

Étudions la série de terme général un = 1/n2, pour n ≥ 1. Les données sont des termes strictement positifs et l'exposant constant 2.
1. Le quotient de deux termes consécutifs est un+1un=n2(n+1)2\frac{u_{n+1}}{u_n}=\frac{n^2}{(n+1)^2}. Il tend vers 1, donc le critère de d'Alembert ne conclut pas.
2. On mesure l'écart à 1 à l'échelle de n : n(1un+1un)=n(2n+1)(n+1)2n\left(1-\frac{u_{n+1}}{u_n}\right)=\frac{n(2n+1)}{(n+1)^2}.
3. En divisant numérateur et dénominateur par n2, cette quantité tend vers 2. Le coefficient de Raabe-Duhamel est donc α = 2.
4. Comme 2 > 1, la série ∑1/n2 converge. Le contrôle est refaisable : pour n = 10, le coefficient vaut exactement 210/121, soit environ 1,736 ; pour n = 50, il vaut 5050/2601, soit environ 1,941. Ces valeurs se rapprochent bien de 2.
La courbe du coefficient rend visible le passage au-dessus du seuil 1 puis son rapprochement progressif vers la limite 2.

En pratique

Quand le quotient un+1/un tend vers une limite strictement inférieure ou supérieure à 1, le critère de d'Alembert donne déjà la réponse. Raabe-Duhamel devient utile précisément lorsque cette limite vaut 1.
On calcule alors n(1 − un+1/un). Une limite supérieure à 1 prouve la convergence ; une limite inférieure à 1 prouve la divergence.
Si le résultat vaut exactement 1, on s'arrête sans verdict. Le bon réflexe est d'affiner le développement asymptotique ou de choisir un autre critère, plutôt que de forcer la conclusion.

À ne pas confondre

Avec le critère de d'Alembert. Celui-ci compare directement la limite du quotient un+1/un à 1. Pour un = 1/n2, ce quotient tend vers 1 et d'Alembert est muet, tandis que Raabe-Duhamel examine l'écart de taille 1/n et obtient α = 2.
Avec un simple équivalent du terme général. Raabe-Duhamel exploite le rapport de deux termes successifs et exige un contrôle au premier ordre. Savoir seulement que un tend vers 0 ne décide jamais la convergence d'une série : 1/n et 1/n2 tendent tous deux vers 0, mais leurs séries ont des comportements opposés.

Limites et pièges

Le seuil α = 1. C'est un cas réellement indécis, pas une preuve de divergence. Les termes 1/n donnent une série divergente, tandis que les termes 1/[n(log n)2], définis pour n ≥ 2, donnent une série convergente ; dans les deux cas, le coefficient de premier ordre vaut 1.
Un reste trop grand. Écrire seulement un+1/un = 1 − α/n + O(1/n) ne suffit pas : le reste est du même ordre que le terme censé définir α. Il faut un reste o(1/n), ou calculer directement la limite du coefficient.
Des termes nuls ou de signe variable. Le quotient peut être indéfini et les hypothèses du critère ne sont plus satisfaites. Il faut alors étudier la convergence absolue lorsque cela est pertinent, ou choisir un critère conçu pour les séries à signes variables.

Pour aller plus loin

Le critère de d'Alembert constitue le premier test par quotient et permet de repérer exactement le cas limite que Raabe-Duhamel affine.
La notation de Landau précise le sens du reste o(1/n) et aide à manipuler sans ambiguïté le développement asymptotique du quotient.
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