AnalyseObjet mathématique · Glossaire
série de Stirling
La série de Stirling est le développement asymptotique de ln Γ(z), lié à une forme équivalente qui approxime directement Γ(z), pour z dans un domaine où ces développements s’appliquent. Elle affine un facteur principal par des corrections en puissances inverses de z ; non convergente au sens classique, elle s’utilise en la tronquant.
Sommaire
Ce que vous allez apprendre
- Distinguer la représentation directe de la série logarithmique.
- Refaire une troncature numérique pour z = 10.
- Expliquer pourquoi l’utilité asymptotique n’est pas une convergence classique.
En clair
La fonction Gamma prolonge la factorielle au-delà des entiers ; la formule de Stirling permet donc d’en approcher les valeurs lorsque la variable z est grande. Une expression principale donne d’abord l’ordre de grandeur, puis de petites corrections en 1/z, 1/z², 1/z³ et ainsi de suite affinent le résultat. La série de Stirling organise précisément ces corrections.
Une version agit directement sur Γ(z) ; l’autre travaille sur son logarithme. Les termes deviennent d’abord très petits, mais la suite complète ne converge pas au sens habituel : on utilise donc un nombre fini de corrections.
Définition
La série de Stirling est un développement asymptotique lié à la fonction Gamma. Pour une variable z dans un domaine où ce développement s’applique, une première représentation écrit Γ(z) comme un facteur principal multiplié par une série de corrections :
Pour n ≥ 1, le coefficient an du terme z−n est donné par , avec a0 = 1. Les nombres d3(p,k) sont ici les nombres de Stirling de première espèce 3-associés non signés ; ils comptent les permutations de p objets ayant k cycles, tous de longueur au moins 3, tandis que le facteur (−1)k porte le signe. La représentation logarithmique, appelée à proprement parler série de Stirling, est . Les deux écritures sont asymptotiques et non convergentes au sens classique : elles décrivent une approximation par troncature, non une somme infinie convergente.
De quoi c'est fait
La représentation directe comporte quatre pièces. Le facteur e−z zz−1/2 √(2π) fournit la partie principale. La parenthèse commence par 1 et porte les corrections en puissances inverses de z. Les nombres rationnels 1/12, 1/288, −139/51840 et −571/2488320 règlent la taille et le signe des premiers termes. Enfin, les coefficients généraux an relient cette série aux nombres de Stirling d3.
La version logarithmique transforme le produit principal en somme : une constante, deux termes dépendant de z, puis les corrections 1/(12z), −1/(360z³), 1/(1260z⁵), etc. Ainsi, la valeur de z détermine la taille de chaque correction, tandis que son exposant fixe la vitesse à laquelle elle décroît. Ces données suffisent à calculer une approximation tronquée de ln Γ(z), puis éventuellement de Γ(z).
Un exemple, pas à pas
Prenons z = 10 et la représentation logarithmique. Les données sont z, la constante π et les trois corrections affichées : 1/(12z), −1/(360z³) et 1/(1260z⁵).
1. La partie principale vaut .
2. La première correction vaut 1/120 ≈ 0,0083333333. Elle donne L1 ≈ 12,8018302500.
3. La correction suivante vaut −1/360 000 ≈ −0,0000027778. On obtient L2 ≈ 12,8018274722.
4. La troisième correction vaut 1/126 000 000 ≈ 0,0000000079. La troncature donne alors ln Γ(10) ≈ 12,8018274801, puis Γ(10) ≈ 362 880,000021 par exponentiation.
Le contrôle se refait sans connaître Γ(10) : les valeurs absolues des corrections successives sont environ 8,33 × 10−3, 2,78 × 10−6 et 7,94 × 10−9. Chacune est bien plus petite que la précédente à cette étape de la troncature.
En pratique
Pour obtenir directement une approximation de Γ(z), on part du facteur e−z zz−1/2 √(2π), puis on multiplie par un nombre fini de corrections. La représentation directe est le choix naturel lorsque la valeur de Γ(z) est le résultat recherché.
Lorsque le calcul porte déjà sur ln Γ(z), la forme logarithmique évite de développer le produit. Elle additionne la partie principale et les corrections impaires affichées ; on ne revient à Γ(z) par exponentiation que si cette valeur est nécessaire.
Pour choisir une troncature, on calcule les termes dans l’ordre et on surveille leur taille. Continuer mécaniquement jusqu’à l’infini n’est pas une option, puisque le développement n’est pas convergent au sens classique.
À ne pas confondre
La série de Stirling et la fonction Gamma. La fonction Gamma est l’objet que l’on veut approcher ; la série de Stirling est une représentation asymptotique utilisée pour cette approximation. Dans Γ(10), Γ désigne la fonction, tandis que les termes en 1/10, 1/10³ et 1/10⁵ appartiennent au développement.
La série et les nombres de Stirling. Les nombres d3(n,k) utilisés ici sont les nombres de Stirling de première espèce 3-associés non signés : ils comptent les permutations de n objets ayant k cycles, tous de longueur au moins 3. Le signe nécessaire à la formule des coefficients an est porté séparément par (−1)k. Ainsi, pour a1, le terme k = 2 porte sur d3(6,2) = 40, et non sur d3(4,2). Ces nombres combinatoires interviennent dans les coefficients, mais ne sont pas eux-mêmes le développement asymptotique de Γ(z). Le critère est donc le rôle joué : comptage combinatoire d’un côté, approximation analytique de l’autre.
Limites et pièges
Une série asymptotique n’est pas une série convergente. Le symbole « … » n’autorise pas à additionner indéfiniment les termes. Le symptôme du piège est l’idée que chaque nouveau terme doit toujours améliorer le résultat ; il faut au contraire choisir une troncature finie.
Le domaine ne doit pas disparaître. L’écriture décrit un comportement asymptotique de la variable z, et non une identité valable sans condition pour toute valeur de z. Dans le cas réel positif traité ici, on l’emploie pour z grand et l’on contrôle que les termes retenus décroissent. Pour un z complexe, il faut vérifier les conditions du développement asymptotique avant d’appliquer la formule.
Les deux suites de coefficients ne se mélangent pas. La forme directe contient notamment 1/(288z²), tandis que la forme logarithmique affichée passe de 1/(12z) à −1/(360z³). La présence d’un terme en z−2 signale ici que l’on manipule la parenthèse multiplicative, pas la série de ln Γ(z).
Pour aller plus loin
La fonction gamma précise l’objet approché, tandis que le développement asymptotique éclaire le statut des troncatures.
La série asymptotique approfondit la différence avec une série convergente. Les nombres de Stirling développent le versant combinatoire des coefficients an.
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