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AlgèbreObjet mathématique · Glossaire

Groupe linéaire

Le groupe linéaire GL(n, K) réunit les matrices carrées inversibles de taille n à coefficients dans un corps K. Sa loi est la multiplication matricielle. Le groupe linéaire spécial SL(n, K) est le sous-groupe formé des matrices de déterminant 1.
Action de la matrice A sur le carré unité Le carré unité devient un parallélogramme sous l’action de la matrice A de déterminant 1. carré unité A A e₁ = (2, 1) A e₂ = (1, 1)
A envoie les vecteurs de base sur (2, 1) et (1, 1) : le carré unité devient un parallélogramme de même aire, égale à 1.
Sommaire

Ce que vous allez apprendre

  • Définir GL(n, K) comme groupe de matrices inversibles et comme groupe d’automorphismes.
  • Tester l’appartenance à GL(2, ℝ) et SL(2, ℝ) avec un déterminant.
  • Calculer puis contrôler l’inverse d’une matrice réelle de taille 2.
  • Distinguer groupe linéaire général, groupe linéaire spécial et applications linéaires non bijectives.

En clair

Imaginez un quadrillage que l’on étire, incline ou retourne sans jamais l’écraser sur une ligne. Une matrice décrit cette transformation. Si chaque point peut ensuite retrouver sa place par une transformation inverse, la matrice appartient au groupe linéaire.
Le mot « groupe » exprime deux faits essentiels : enchaîner deux transformations réversibles en donne encore une, et chacune possède une opération qui l’annule. La matrice identité joue le rôle de l’action qui ne change rien.

Définition

Soit un entier positif n et un corps K, par exemple le corps des nombres réels ℝ ou celui des nombres complexes ℂ. Le groupe linéaire général, noté GL(n,K)GL(n,K), réunit toutes les matrices carrées de taille n à coefficients dans K qui sont inversibles. Une matrice est inversible exactement lorsque son déterminant n’est pas nul.
La loi du groupe est la multiplication matricielle. Son élément neutre est la matrice identité, et l’inverse d’une matrice est son inverse matriciel. Cette description équivaut à voir GL(n,K)GL(n,K) comme l’ensemble des automorphismes de l’espace vectoriel KnK^n, c’est-à-dire de ses transformations linéaires bijectives.
Le groupe linéaire spécial, noté SL(n,K)SL(n,K), est formé des éléments de GL(n,K)GL(n,K) dont le déterminant vaut 1. Lorsque K est ℝ ou ℂ, ces ensembles portent aussi une structure de groupe de Lie. En particulier, GL(n,R)GL(n,\mathbb{R}) sert de groupe de structure aux fibrés vectoriels réels de rang n.

De quoi c'est fait

La structure dépend d’abord du corps K, qui fournit les coefficients, puis de la taille n, qui fixe la dimension de l’espace vectoriel. Ses éléments sont les matrices carrées inversibles de cette taille. La multiplication matricielle compose leurs transformations : l’ordre des facteurs indique l’ordre des actions.
La matrice identité laisse tous les vecteurs inchangés. Chaque élément possède une matrice inverse, qui défait exactement son action. Le déterminant teste cette réversibilité : une valeur non nulle caractérise les éléments de GL(n,K)GL(n,K), tandis que la valeur 1 sélectionne SL(n,K)SL(n,K). Ces données suffisent à composer les transformations, retrouver leur inverse et décider à quel groupe une matrice appartient.

Un exemple, pas à pas

Dans le plan réel, considérons la matrice A et le vecteur colonne X. Les données sont les coefficients 2, 1, 1 et 1 de A, ainsi que les coordonnées x et y de X.
A=(2111),X=(xy)A=\begin{pmatrix}2&1\\1&1\end{pmatrix},\qquad X=\begin{pmatrix}x\\y\end{pmatrix}
1. Calculons le déterminant de A : 2×11×1=12\times1-1\times1=1. Comme ce résultat n’est pas nul, A appartient à GL(2,R)GL(2,\mathbb{R}). Comme il vaut précisément 1, A appartient aussi à SL(2,R)SL(2,\mathbb{R}).
2. Appliquons A au vecteur X. La transformation envoie les coordonnées x et y sur les coordonnées 2x + y et x + y.
AX=(2x+yx+y)AX=\begin{pmatrix}2x+y\\x+y\end{pmatrix}
3. L’inverse candidat échange les rôles en annulant cette action.
A1=(1112)A^{-1}=\begin{pmatrix}1&-1\\-1&2\end{pmatrix}
A1A=(1112)(2111)=(1001)=I2A^{-1}A=\begin{pmatrix}1&-1\\-1&2\end{pmatrix}\begin{pmatrix}2&1\\1&1\end{pmatrix}=\begin{pmatrix}1&0\\0&1\end{pmatrix}=I_2
4. Le contrôle donne la matrice identité de taille 2, ce qui confirme à la fois le calcul de l’inverse et la réversibilité de la transformation. La figure associée offre un contrôle géométrique : le carré unité devient un parallélogramme d’aire 1.

En pratique

Pour changer de base dans un espace vectoriel, la matrice de passage doit être inversible : elle conserve toute l’information nécessaire pour revenir aux coordonnées initiales. Une matrice singulière ne convient pas, car elle écrase au moins une direction.
Pour composer des transformations linéaires réversibles, on multiplie leurs matrices dans l’ordre correspondant aux actions. Si la transformation doit en plus avoir un déterminant égal à 1, on travaille dans le groupe linéaire spécial plutôt que dans tout le groupe linéaire général.
En géométrie différentielle, GL(n,R)GL(n,\mathbb{R}) organise les changements de repères locaux d’un fibré vectoriel réel de rang n. Le critère observable reste la réversibilité du changement de repère : les descriptions locales doivent pouvoir se convertir dans les deux sens.

À ne pas confondre

Groupe linéaire et ensemble de toutes les matrices carrées. Le premier ne contient que les matrices inversibles. La matrice nulle est carrée, mais son déterminant nul l’exclut de GL(n,K)GL(n,K).
Groupe linéaire général et groupe linéaire spécial. Le second exige un déterminant égal à 1. La matrice réelle diagonale de coefficients 2 et 1 est inversible, donc dans GL(2,R)GL(2,\mathbb{R}), mais son déterminant 2 l’exclut de SL(2,R)SL(2,\mathbb{R}).
Application linéaire et automorphisme. Une application linéaire peut perdre de l’information ; un automorphisme est bijectif. Dans le plan, la projection sur un axe est linéaire, mais elle n’a pas d’inverse et ne représente donc aucun élément du groupe linéaire.

Limites et pièges

Déterminant nul. Dès que le déterminant vaut 0, la matrice sort du groupe linéaire : aucune matrice inverse n’existe. Il faut alors étudier une application linéaire non bijective, son noyau ou son image, au lieu de chercher un inverse.
Ordre des facteurs. À partir de la taille 2, la multiplication matricielle n’est généralement pas commutative. Intervertir deux matrices peut changer la transformation composée ; il faut donc traduire explicitement l’ordre dans lequel les applications agissent.
Taille 1. Le groupe GL(1,K)GL(1,K) se réduit aux éléments non nuls du corps K, munis de la multiplication. Ce cas est commutatif et ne reflète pas le comportement général des matrices de taille supérieure.
Structure de groupe de Lie. La description topologique usuelle de la source concerne les coefficients réels ou complexes. Sur ℝ, le signe du déterminant sépare GL(n,R)GL(n,\mathbb{R}) en deux composantes ; passer continûment de l’une à l’autre obligerait le déterminant à traverser 0 et à quitter le groupe.

Pour aller plus loin

La notion d’espace vectoriel précise le cadre sur lequel agissent les matrices de GL(n,K)GL(n,K) et donne un sens intrinsèque aux changements de coordonnées.
Le groupe de Lie ajoute une structure géométrique lisse à la structure de groupe lorsque les coefficients sont réels ou complexes. Cette double lecture relie algèbre, topologie et géométrie différentielle.
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